L'IA arrive dans vos processus RH

Trier des CV avec un algorithme, protéger les données du personnel, prévenir le harcèlement : ce que dit déjà le droit suisse, sans attendre la jurisprudence.

Information générale sur le droit suisse : ce n'est pas un conseil juridique individuel.

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Claude le hibou entouré d'outils d'intelligence artificielle

Il n'existe pas encore de jurisprudence spécifique à l'IA en droit du travail suisse. Cela n'autorise pas à attendre : les règles qui s'appliquent existent déjà, elles sont simplement dispersées entre la protection des données, le contrat de travail et l'égalité.

Trois textes suffisent à cadrer presque tout : l'article 328b CO sur les données que l'employeur peut traiter, l'article 21 LPD sur les décisions automatisées, et l'article 328 CO sur la protection de la personnalité.

🧠1 · Comprendre avant de qualifier

on n'applique pas le même droit à un algorithme et à un système d'IA

Le vocabulaire minimum

Algorithmeune suite finie d'instructions précises, exécutées dans un ordre donné
Modèlele « cerveau » entraîné : ce qui a appris des règles à partir de données
Entraînement et inférenceapprendre à partir d'exemples, puis appliquer ce qui a été appris à un cas nouveau
Boîte noireun modèle dont la logique interne est illisible, même pour ses concepteurs
Hallucinationune réponse plausible mais fausse : faits, sources ou jurisprudences inventés
Biaisune distorsion héritée des données, du concepteur, du modèle - voire de la formulation de la question

Algorithme classique ou système d'IA

Algorithme classiqueSystème d'IA
Résultatdéterministe : même entrée, même sortieprobabiliste : un score, avec une marge d'erreur
Logiqueexplicable : on relit la règleopaque : boîte noire
Origine de la règleécrite par un humaindéduite d'un grand nombre d'exemples
Imputabilitéun humain l'a écrite, on sait à qui parlerbiais diffus, hérités des données
La phrase à retenir. Toute IA repose sur des algorithmes, mais tout algorithme n'est pas de l'IA. Et la question juridique change avec : devant un algorithme on demande « quelle règle ? » ; devant une IA, « quelles données, quel entraînement, quel contrôle ? ».
Les poupées russes. L'intelligence artificielle contient l'apprentissage automatique, qui contient l'apprentissage profond, qui contient l'IA générative. Et deux familles d'usages : classer et prédire - trier des CV, prévoir un départ - ou produire du texte et des images.

🔐2 · Les données du collaborateur

ce que l'employeur peut traiter, combien de temps, et ce qu'il doit pouvoir montrer

Le principe, en une phrase

L'employeur ne peut traiter des données concernant le travailleur que dans la mesure où elles portent sur son aptitude à remplir l'emploi, avant l'engagement, ou sont nécessaires à l'exécution du contrat, pendant les rapports de travail.

Au recrutement : ce qu'on peut demander

✅ En principe admissible

  • la formation, le parcours, les perspectives professionnelles
  • les références - mais avec l'accord du candidat, et limitées à l'activité
  • un rapport médical attestant l'aptitude au poste

❌ Seulement si le poste l'exige

  • le revenu actuel, un endettement, des antécédents judiciaires
  • les maladies existantes, une grossesse en cours
  • l'appartenance syndicale, la religion, les opinions politiques

Le candidat n'est pas tenu de répondre à une question sans rapport avec le poste - et une partie de la doctrine admet même qu'il puisse y répondre de façon inexacte pour se protéger.

Le renseignement qui coûte cher. Un ancien employeur a découragé par téléphone l'engagement d'un collaborateur, qui s'est retrouvé au chômage. Le Tribunal fédéral l'a condamné à des dommages-intérêts : le devoir de protéger la personnalité survit à la fin du contrat. Avant de répondre à un appel de référence, souvenez-vous que vous engagez l'entreprise.
Le questionnaire de santé destiné à la caisse de pension ou à l'assureur perte de gain ne passe jamais par l'employeur. Si l'entreprise gère elle-même l'institution, la séparation entre les personnes doit être stricte.

Le dossier personnel et le droit d'accès

Contenuuniquement ce qui est indispensable à l'exécution du contrat
Trirecommandé tous les deux ans par le préposé fédéral
Droit d'accèsréponse dans les 30 jours. Ce n'est pas un accès direct au dossier : l'employeur communique les informations par copie ou par voie électronique
Rectificationle collaborateur peut exiger la correction d'une donnée inexacte, et la suppression d'une donnée que l'employeur n'avait pas le droit de collecter
Après le départle droit d'accès subsiste

Combien de temps conserver

DocumentsDuréeFondement
Durée du travail et du repos5 ansobligation légale, OLT 1
Relevés de salaire pour l'assurance-accidents5 ansobligation légale, OLAA
Livres et pièces comptables, comptabilité des salaires10 ansobligation légale, CO 958f
Éléments liés à des créances du travailleur5 ansprescription, CO 128
Éléments utiles à un certificat de travail10 ansprescription, CO 127

Au-delà, les données doivent être effacées ou anonymisées.

Vous transférez à l'étranger plus souvent que vous ne le croyez. Un dossier déposé dans un cloud dont le siège est à l'étranger, un courriel adressé à un destinataire hors de Suisse, une transmission au sein d'un groupe international : ce sont des communications à l'étranger. Elles supposent un pays offrant une protection adéquate - l'UE et le Royaume-Uni le sont - ou des garanties contractuelles supplémentaires.

Surveiller : presque jamais

Une caméra filme un poste de travail

La technique rend tout possible : caméra, journalisation des frappes, géolocalisation, mesure du temps passé par application. Le droit, lui, part du principe inverse de la technique.

Les systèmes qui permettent d'observer le comportement des travailleurs à leur poste sont en principe interdits. Ils ne sont admis que pour des raisons de sécurité, éventuellement pour mesurer le rendement - et toujours après information préalable des personnes concernées.

Le téléphone. Relever les numéros appelés pour des raisons professionnelles est admissible. Rappeler ces numéros pour savoir de quoi il a été question ne l'est pas. Et les conversations internes ne s'écoutent pas.

La sanction : une violation intentionnelle des obligations de la loi sur la protection des données est punissable, sur plainte, d'une amende allant jusqu'à 250 000 francs.

Voir aussi. Le licenciement d'un collaborateur en incapacité, la protection en temps inopportun et le certificat médical sont traités sur la page des congés.

🛡️3 · La personnalité au travail

ce que l'employeur doit empêcher, et ce qu'il doit avoir mis en place avant que cela n'arrive

Harcèlement sexuel

Tout comportement de caractère sexuel, ou fondé sur l'appartenance sexuelle, qui porte atteinte à la dignité sur le lieu de travail.

Le critère décisifle ressenti de la personne visée, et non l'intention de l'auteur
Un acte isolépeut suffire : ni la répétition ni la durée ne sont nécessaires
La fonction de l'auteurne joue aucun rôle
Formesremarques sur le physique, questions sur la vie intime, plaisanteries déplacées, attouchements, messages à contenu sexiste

Mobbing

Aucune définition légale. La jurisprudence retient un enchaînement de propos ou d'agissements hostiles, répétés fréquemment pendant une période assez longue, visant à isoler, marginaliser ou exclure une personne.

Ce qui n'est pas du mobbing. Un conflit dans les relations professionnelles, une mauvaise ambiance, ou un supérieur qui n'a pas toujours satisfait à ses devoirs ne constituent pas, en eux-mêmes, du harcèlement psychologique. La qualification est exigeante - et c'est important à savoir dans les deux sens : pour protéger la victime réelle, et pour ne pas déclarer coupable un manager maladroit.

Le harcèlement peut être descendant du supérieur, horizontal entre collègues, ou ascendant contre un supérieur.

Ce que l'employeur doit avoir mis en place (avant)

1Afficher une tolérance zéro et définir clairement les comportements non tolérés
2Désigner une personne de confiance, hors hiérarchie, interne ou externe, formée
3Écrire une procédure interne claire - en avertissant que la confidentialité ne pourra pas être garantie vis-à-vis de l'auteur présumé
4Énumérer les sanctions encourues
5Formaliser le tout dans une directive ou un règlement
Même une PME doit s'organiser. Le Tribunal fédéral l'a dit : il ne s'agit pas de monter une structure compliquée et coûteuse, mais de désigner une personne joignable rapidement, avant que le conflit ne dégénère. Une petite entreprise peut passer par son association professionnelle pour mutualiser le dispositif.

Et quand cela arrive

Clarifier par des entretiens ou une enquête menée par une personne neutre, consigner chaque étape par écrit, envisager une médiation, prendre des mesures organisationnelles pour séparer les parties, puis sanctionner - de la réprimande au licenciement immédiat. Et sanctionner aussi celui qui a porté à dessein des accusations mensongères.

Ce que cela coûte

Tort moralsi la gravité de l'atteinte le justifie
Dommages-intérêtssi un dommage est prouvé, par exemple des frais médicaux
Harcèlement sexuelindemnité jusqu'à six mois du salaire moyen suisse - sauf si l'employeur prouve avoir pris les mesures commandées
L'arrêt qui devrait faire réfléchir. Un collaborateur tombe en dépression à cause d'un mobbing que l'employeur n'a pas fait cesser. Celui-ci attend la fin du délai de protection, puis le licencie. Le Tribunal fédéral a jugé le congé abusif : l'employeur ne peut pas se prévaloir d'une incapacité qu'il a lui-même provoquée par son inaction.

🤖4 · L'IA dans les processus RH

là où tout converge, et où l'article 21 LPD devient le point de passage obligé

Tri automatisé de CV, avec validation humaine

La décision individuelle automatisée

Lorsqu'une décision est prise exclusivement sur la base d'un traitement automatisé et qu'elle produit des effets juridiques ou comparables, la personne concernée a deux droits.

1le droit d'en être informée
2le droit d'exiger un réexamen par une personne physique, et de faire valoir son point de vue

Les trois cas typiques en RH : le refus automatisé d'une candidature, un licenciement suggéré par un algorithme, un scoring de performance.

La parade tient en une ligne. Prévoyez une étape de validation humaine dans tout processus où l'IA intervient sur une décision individuelle - et mentionnez ce droit dans vos notices d'information. Le mot qui déclenche l'article 21 est « exclusivement » : dès qu'un humain décide réellement, en connaissance de cause, on en sort.
Attention à la validation de façade. Un responsable qui valide en trois secondes une liste de deux cents candidats écartés par la machine ne « décide » pas. Le réexamen humain doit être effectif, avec un accès aux éléments et un pouvoir réel de s'écarter du résultat.

Le profilage : l'angle mort

Le profilage est un traitement automatisé qui permet d'évaluer certains aspects d'une personne. Il devient un profilage à risque élevé lorsqu'il permet d'apprécier des aspects essentiels de la personnalité : le travail, la santé, le comportement.

Conséquences du profilage à risque élevé

Le point que presque personne ne voit venir. Beaucoup d'outils RH font du profilage sans que l'employeur en soit conscient : un logiciel de suivi des candidatures qui attribue un score, un outil d'évaluation de la performance, un système de détection du risque de départ. Posez la question à chaque fournisseur, par écrit.

Les biais, et le triple risque juridique

Les algorithmes reproduisent et amplifient les biais présents dans les données d'entraînement. Un outil formé sur dix ans de recrutements majoritairement masculins apprendra que le profil attendu est masculin.

Loi sur l'égalitédiscrimination à raison du sexe
Article 328 COatteinte à la personnalité du collaborateur
Responsabilité généralel'employeur répond du comportement des outils qu'il utilise - il ne peut pas se retrancher derrière le fournisseur

Ce qu'on attend de vous : des audits réguliers des outils, des tests d'équité, et la documentation des choix algorithmiques.

Circuit fermé ou circuit ouvert : la question à poser en premier

Circuit ferméCircuit ouvert
Ce que devient la donnéeelle reste dans un environnement maîtrisé, contractuellement encadréelle part vers un service public, éventuellement pour entraîner le modèle
Dossier confidentielenvisageable, avec les garantiesexclu
Exempleinstance d'entreprise, contrat de sous-traitance signéoutil grand public gratuit
Le réflexe à faire passer dans toute l'entreprise. Coller un dossier de candidature, un certificat médical ou une évaluation dans un outil grand public, c'est une communication de données - souvent à l'étranger, souvent sans base légale. Le collaborateur qui le fait engage l'entreprise, et son propre devoir de diligence.

Vérifier un résultat d'IA : quatre niveaux

1Plausibilité : le résultat a-t-il du sens ?
2Sources : existent-elles vraiment ? Une référence inventée est le signe le plus fréquent d'une hallucination
3Droit applicable : la règle citée est-elle suisse, et en vigueur ?
4Décision : un humain assume-t-il, et peut-il l'expliquer ?

Choisir un outil : quatre questions

1Quelles données entrent, et où vont-elles ?
2Y a-t-il profilage, et de quel niveau ?
3Une décision est-elle prise, ou seulement une aide fournie ?
4Qui répond en cas d'erreur, et qu'a-t-on signé ?

🗂️5 · Trier des CV avec l'IA

les six obligations, dans l'ordre où elles tombent : avant l'outil, à l'annonce, au tri, après le refus

Le calendrier d'un recrutement assisté par l'IA

La section précédente donne le principe. Celle-ci donne la chronologie : à chaque moment du recrutement correspond une obligation précise, et une seule. Le tableau se lit de haut en bas, comme se déroule le processus.

QuandCe qu'il faut faireBase légale
Avant de brancher l'outilUne analyse d'impact si le traitement est susceptible d'entraîner un risque élevé. Le recours à une technologie nouvelle est expressément visé par la loi comme un indice de risque élevé.art. 22 al. 1 et 2 LPD
Si le risque subsisteConsulter le Préposé fédéral avant de traiter. Il répond dans les deux mois, trois si le traitement est complexe. L'entreprise en est dispensée si elle a consulté son conseiller à la protection des données.art. 23 LPD
À la publication de l'annonceInformer les candidats de manière adéquate : identité et coordonnées du responsable, finalité, destinataires éventuels. C'est le minimum, pas l'idéal.art. 19 al. 1 et 2 LPD
Si vous cherchez ailleursDonnées récoltées sans passer par la personne - approche directe, prise de références, profil public - : il faut en plus lui communiquer les catégories de données traitées, au plus tard un mois après les avoir obtenues.art. 19 al. 3 et 5 LPD
Au moment du triSi la décision est prise exclusivement par la machine : informer, et permettre au candidat de faire valoir son point de vue et d'exiger un réexamen humain.art. 21 al. 1 et 2 LPD
Après le refusRépondre à une demande d'accès dans les 30 jours, gratuitement, en indiquant notamment la logique sur laquelle la décision se fonde.art. 25 al. 2 let. f, 6 et 7 LPD
EnsuiteDétruire ou anonymiser les dossiers dès qu'ils ne sont plus nécessaires à la finalité annoncée.art. 6 al. 4 LPD

L'exception de l'article 21 ne sauve que les candidatures retenues

L'article 21 prévoit deux exceptions. Elles sont plus étroites qu'il n'y paraît, et la première est celle que tout le monde croit pouvoir invoquer.

L'exceptionCe qu'elle dit vraiment
Le contratLa décision doit être en relation directe avec la conclusion ou l'exécution d'un contrat et la demande de la personne doit être satisfaite. Les deux conditions sont cumulatives.
Le consentementLa personne a expressément consenti à ce que la décision soit prise de manière automatisée. Un consentement valable suppose une volonté librement exprimée, après information.
Le raisonnement à tenir, et il tient en une phrase. Un candidat écarté est un candidat dont la demande n'est pas satisfaite : l'exception du contrat ne joue pas pour lui. Autrement dit, l'article 21 s'applique exactement là où on aurait envie de s'en passer - sur les deux cent quarante dossiers refusés, pas sur les quinze retenus.
Et le consentement ? Il se retourne souvent contre l'employeur. Faire signer un consentement au tri automatisé dans un formulaire de candidature est fragile : la loi exige une volonté librement exprimée, ce qui se discute quand la personne postule pour un emploi. Une étape humaine réelle protège mieux qu'une case à cocher.

Le profilage à risque élevé exige un consentement exprès

Un outil qui note la personnalité, la fiabilité ou le potentiel d'un candidat ne fait pas que classer : il apprécie des aspects essentiels de la personnalité. Quand une personne privée effectue un profilage à risque élevé, la loi exige un consentement exprès - pas un consentement tacite, pas une mention noyée dans une charte.

Les trois traitements où le consentement doit être exprès

Ce qu'il faut en retenir en pratique : plus l'outil prétend mesurer la personne, plus la base juridique doit être solide. Un score de correspondance entre un CV et une annonce n'est pas de même nature qu'un test de personnalité automatisé.

art. 6 al. 6 et 7 LPD · art. 5 let. g LPD pour la définition du profilage à risque élevé

Le refus discriminatoire : trois mois, et c'est fini

Un algorithme entraîné sur les recrutements passés peut écarter systématiquement un profil. Si le critère est le sexe, la loi sur l'égalité s'applique - elle vise expressément l'embauche.

Le candidat peut d'abordexiger de l'employeur qu'il motive son refus par écritart. 8 al. 1 LEg
Puis agir en justicedans les trois mois dès la communication du refus, sous peine de péremption - le droit est alors définitivement perduart. 8 al. 2 LEg
L'indemnitéau maximum trois mois de salaire pour un refus d'embauche ; si plusieurs personnes réclament pour le même poste, ce plafond vaut pour la somme totale des indemnitésart. 5 al. 2 et 4 LEg
La question à vous poser avant de répondre à un candidat. Une motivation écrite rédigée à la va-vite après un tri automatisé est une pièce du dossier : si elle ne correspond pas aux critères réellement utilisés par l'outil, l'écart se verra. Mieux vaut savoir ce que l'outil a fait avant d'écrire pourquoi on a refusé.

L'amende vise une personne, pas l'entreprise

C'est le point le plus mal connu de la loi sur la protection des données, et celui qui change le regard des directions.

Qui est puni« les personnes privées » qui omettent intentionnellement d'informer - donc la personne physique responsable, et non la société
Combienune amende de 250 000 francs au plus
À quelle conditionsur plainte : il faut qu'une personne concernée porte plainte, la poursuite n'a pas lieu d'office
Quand l'entreprise paie à sa placeseulement si l'amende envisagée ne dépasse pas 50 000 francs et que retrouver la personne responsable exigerait des mesures d'instruction disproportionnées
Qui poursuitles cantons ; le Préposé fédéral peut dénoncer et se constituer partie plaignante

art. 60 al. 1 let. b, 64 al. 1 et 2, 65 LPD · art. 6 et 7 de la loi sur le droit pénal administratif

Ce que cela veut dire pour vous. Omettre d'informer un candidat d'une décision automatisée n'expose pas une ligne budgétaire : cela expose la personne qui a décidé de ne pas informer. C'est l'argument qui fait avancer un projet de notice d'information plus vite que n'importe quel rappel de conformité.

Le paragraphe à coller dans vos annonces

Voici une formulation qui couvre les articles 19, 21 et 25 en six lignes. Adaptez les termes entre crochets, gardez la structure.

Protection de vos données. Les données de votre dossier sont traitées par [raison sociale, adresse, courriel de contact] dans le seul but d'examiner votre candidature au poste de [fonction]. Elles sont communiquées à [les personnes qui participent à la décision, et le cas échéant le prestataire de l'outil de recrutement]. [Notre outil de présélection propose un classement des dossiers ; la décision de convoquer ou d'écarter est prise par une personne.] Vous pouvez à tout moment demander quelles données nous traitons, dans quel but et selon quelle logique, et nous demander de les rectifier ou de les supprimer. Les dossiers non retenus sont détruits [délai] après la clôture du recrutement.

La phrase entre crochets est la plus importante. Si un humain décide réellement, écrivez-le et tenez-le. Si la machine écarte seule, retirez cette phrase et ajoutez la mention du droit à un réexamen humain : ce n'est plus la même page juridique.

Les sept questions à poser au fournisseur, par écrit

1L'outil produit-il un classement, un score ou une exclusion ? Les trois n'ont pas le même régime.
2Évalue-t-il des aspects de la personnalité ? Si oui, nous sommes en profilage.
3Sur quelles données d'entraînement le modèle a-t-il été construit, et de quelle période ?
4Quels tests d'équité avez-vous conduits, sur quels critères, et pouvez-vous nous en remettre le rapport ?
5Pouvez-vous nous fournir, pour un candidat donné, la logique qui a mené au résultat ? C'est ce que nous devrons lui transmettre s'il le demande.
6Où les données sont-elles hébergées, et sont-elles utilisées pour entraîner votre modèle ?
7Que se passe-t-il à la fin du contrat : restitution, effacement, délai, preuve ?
Pourquoi par écrit. La question 5 est celle qui départage les fournisseurs sérieux des autres. Un prestataire incapable d'expliquer un résultat vous met dans l'impossibilité de répondre à une demande d'accès - une obligation dont vous restez tenu même quand un sous-traitant traite les données pour vous.

🧭6 · Gouvernance

ce qu'il faut pouvoir montrer le jour où l'on vous le demande

La protection des données n'est pas le seul risque

On pense spontanément aux données personnelles. Trois autres domaines sont pourtant touchés dès qu'un outil d'IA entre dans l'entreprise.

DomaineCe qui peut déraper
Droit d'auteurles données d'entraînement du modèle, mais aussi le contenu produit : rien ne garantit qu'un texte ou une image générés ne reprennent pas une œuvre protégée
Concurrence déloyaleun assistant conversationnel qui dénigre un concurrent engage l'entreprise, même si personne n'a écrit la phrase
Confidentialitéen interne, un collaborateur qui « nourrit » l'outil avec des secrets d'affaires ; en externe, des données sensibles confiées par un partenaire commercial
Droit étrangersi des données de personnes établies dans l'Union européenne sont traitées, le RGPD peut s'appliquer en plus de la loi suisse
Le cas d'école du secret d'affaires. Un collaborateur colle un projet de contrat, une grille salariale ou une liste de clients dans un outil grand public pour « gagner du temps ». L'information sort de l'entreprise, souvent vers l'étranger, parfois pour entraîner le modèle. Aucune loi sur la protection des données n'est même nécessaire pour que le dommage soit là.

Six gestes pour cadrer l'IA dans une entreprise

1Définir la position de l'entreprise vis-à-vis de l'IA et ses principes éthiques - un document stratégique court vaut mieux qu'un règlement que personne ne lit
2Écrire des consignes d'utilisation pour les collaborateurs, générales et par outil
3Tenir un inventaire des applications autorisées : quel outil, pour quelle finalité, à quelles conditions, avec quelle analyse de risque
4Désigner des responsables internes pour toutes les questions liées à l'IA
5Prévoir un processus d'autorisation préalable pour tout nouvel outil
6Former régulièrement, et contrôler l'inventaire
Interdire ne marche pas. Une interdiction générale pousse simplement l'usage dans l'ombre : les collaborateurs continueront, avec leur compte personnel, sur leur téléphone, sans aucun cadre. Mieux vaut autoriser un outil maîtrisé et dire clairement ce qu'on peut y mettre.

Ce qu'une directive interne doit dire

L'outil vous donne raison. C'est le biais le moins connu et le plus insidieux : une IA générative a tendance à adopter le point de vue de celui qui l'interroge. Formulez une question orientée, vous obtiendrez une réponse orientée - et elle vous paraîtra excellente, précisément parce qu'elle vous ressemble.

Une violation de données : la double annonce

À quiQuandQuoi
Au préposé fédéral« dans les meilleurs délais », si un risque élevé pour la personnalité ou les droits fondamentaux est vraisemblablela nature de la violation, ses conséquences, les mesures prises
À la personne concernéesi c'est nécessaire à la protection de ses droits, ou si le préposé l'exigeidem

Des exceptions existent : obligation de garder le secret, information impossible ou disproportionnée, communication publique suffisante. Dans tous les cas, une enquête interne rapide est décisive.

La Petite RH pleine de questions, Dame RH qui explique

Beaucoup de questions, peu de réponses toutes faites. C'est normal : le droit de l'IA au travail se construit avec des textes écrits avant elle. Les 51 affirmations qui suivent portent sur ce qui est déjà certain - et 14 sont tirées au hasard à chaque partie.

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📚Les sources

un domaine sans jurisprudence propre : d'autant plus important de citer juste

⚖️Loi fédérale sur la protection des données Les articles à connaître : 5 pour le profilage, 6 pour les principes, 21 pour la décision automatisée, 24 pour l'annonce des violations, 25 pour le droit d'accès. officiel 🛡️Préposé fédéral à la protection des données Guides pratiques, formulaire d'annonce des violations et recommandations sur le dossier personnel. officiel 📘CO 328 et 328b La protection de la personnalité et la limite du traitement des données dans les rapports de travail. Deux articles courts, et presque tout en découle. officiel ⚖️Loi sur l'égalité Le harcèlement sexuel à l'article 4, l'indemnité à l'article 5. Le socle en cas de discrimination algorithmique liée au sexe. officiel 🤝SECO - Protection de l'intégrité personnelle Définitions, formes de harcèlement, brochures et listes de contrôle - dont un modèle de directive sur la protection de l'intégrité personnelle, prêt à adapter. officiel 🎓CERT - Université de Neuchâtel Le centre d'étude des relations de travail. Sa journée annuelle 2026 était consacrée aux algorithmes, à l'IA et au droit du travail. université 🏢WEKA - Intelligence artificielle en entreprise Le volet gouvernance : stratégie, directives internes, inventaire des outils, droit d'auteur et concurrence déloyale. Certains contenus sont réservés aux abonnés. professionnel 📰WEKA - Protection des données RH Articles pratiques et webinaires, dont celui du 30 avril 2026 sur la protection des données, l'IA et les RH. Certains contenus sont réservés aux abonnés. professionnel
Sur ce que vous venez de lire. Cette page s'appuie notamment sur les travaux présentés à l'Université de Neuchâtel et sur les publications de David Raedler, professeur associé à l'Université de Lausanne et responsable de la chaire de droit du travail, spécialiste en droit du travail et en protection des données. Les textes de loi ont été vérifiés à la source. Le droit de l'IA bouge vite : recontrôlez avant de décider.
Ces repères n'ont pas valeur juridique. Les montants et les règles changent chaque année, et chaque situation a ses particularités. Vérifiez toujours à la source officielle citée, ou auprès de votre caisse de compensation.
La famille RH vous souhaite bonne lecture

Un chiffre qui a bougé, une source qui manque ? Dites-le, on corrige.