Il n'existe pas encore de jurisprudence spécifique à l'IA en droit du travail suisse. Cela n'autorise pas à attendre : les règles qui s'appliquent existent déjà, elles sont simplement dispersées entre la protection des données, le contrat de travail et l'égalité.
Trois textes suffisent à cadrer presque tout : l'article 328b CO sur les données que l'employeur peut traiter, l'article 21 LPD sur les décisions automatisées, et l'article 328 CO sur la protection de la personnalité.
Sur cette page
1 · Comprendre avant de qualifier2 · Les données du collaborateur3 · La personnalité au travail4 · L'IA dans les processus RH5 · Trier des CV avec l'IA6 · Gouvernance7 · Le droit en vigueur et l'AI Act1 · Comprendre avant de qualifier
on n'applique pas le même droit à un algorithme et à un système d'IA
Le vocabulaire minimum
| Algorithme | une suite finie d'instructions précises, exécutées dans un ordre donné |
|---|---|
| Modèle | le « cerveau » entraîné : ce qui a appris des règles à partir de données |
| Entraînement et inférence | apprendre à partir d'exemples, puis appliquer ce qui a été appris à un cas nouveau |
| Boîte noire | un modèle dont la logique interne est illisible, même pour ses concepteurs |
| Hallucination | une réponse plausible mais fausse : faits, sources ou jurisprudences inventés |
| Biais | une distorsion héritée des données, du concepteur, du modèle - voire de la formulation de la question |
Algorithme classique ou système d'IA
| Algorithme classique | Système d'IA | |
|---|---|---|
| Résultat | déterministe : même entrée, même sortie | probabiliste : un score, avec une marge d'erreur |
| Logique | explicable : on relit la règle | opaque : boîte noire |
| Origine de la règle | écrite par un humain | déduite d'un grand nombre d'exemples |
| Imputabilité | un humain l'a écrite, on sait à qui parler | biais diffus, hérités des données |
2 · Les données du collaborateur
ce que l'employeur peut traiter, combien de temps, et ce qu'il doit pouvoir montrer
Le principe, en une phrase
L'employeur ne peut traiter des données concernant le travailleur que dans la mesure où elles portent sur son aptitude à remplir l'emploi, avant l'engagement, ou sont nécessaires à l'exécution du contrat, pendant les rapports de travail.
Au recrutement : ce qu'on peut demander
✓ En principe admissible
- la formation, le parcours, les perspectives professionnelles
- les références - mais avec l'accord du candidat, et limitées à l'activité
- un rapport médical attestant l'aptitude au poste
✗ Seulement si le poste l'exige
- le revenu actuel, un endettement, des antécédents judiciaires
- les maladies existantes, une grossesse en cours
- l'appartenance syndicale, la religion, les opinions politiques
Le candidat n'est pas tenu de répondre à une question sans rapport avec le poste - et une partie de la doctrine admet même qu'il puisse y répondre de façon inexacte pour se protéger.
Le dossier personnel et le droit d'accès
| Contenu | uniquement ce qui est indispensable à l'exécution du contrat |
|---|---|
| Tri | recommandé tous les deux ans par le préposé fédéral |
| Droit d'accès | réponse dans les 30 jours. Ce n'est pas un accès direct au dossier : l'employeur communique les informations par copie ou par voie électronique |
| Rectification | le collaborateur peut exiger la correction d'une donnée inexacte, et la suppression d'une donnée que l'employeur n'avait pas le droit de collecter |
| Après le départ | le droit d'accès subsiste |
Combien de temps conserver
| Documents | Durée | Fondement |
|---|---|---|
| Durée du travail et du repos | 5 ans | obligation légale, OLT 1 |
| Relevés de salaire pour l'assurance-accidents | 5 ans | obligation légale, OLAA |
| Livres et pièces comptables, comptabilité des salaires | 10 ans | obligation légale, CO 958f |
| Éléments liés à des créances du travailleur | 5 ans | prescription, CO 128 |
| Éléments utiles à un certificat de travail | 10 ans | prescription, CO 127 |
Au-delà, les données doivent être effacées ou anonymisées.
Surveiller : presque jamais
La technique rend tout possible : caméra, journalisation des frappes, géolocalisation, mesure du temps passé par application. Le droit, lui, part du principe inverse de la technique.
Les systèmes qui permettent d'observer le comportement des travailleurs à leur poste sont en principe interdits. Ils ne sont admis que pour des raisons de sécurité, éventuellement pour mesurer le rendement - et toujours après information préalable des personnes concernées.
La sanction : une violation intentionnelle des obligations de la loi sur la protection des données est punissable, sur plainte, d'une amende allant jusqu'à 250 000 francs.
3 · La personnalité au travail
ce que l'employeur doit empêcher, et ce qu'il doit avoir mis en place avant que cela n'arrive
Harcèlement sexuel
Tout comportement de caractère sexuel, ou fondé sur l'appartenance sexuelle, qui porte atteinte à la dignité sur le lieu de travail.
| Le critère décisif | le ressenti de la personne visée, et non l'intention de l'auteur |
|---|---|
| Un acte isolé | peut suffire : ni la répétition ni la durée ne sont nécessaires |
| La fonction de l'auteur | ne joue aucun rôle |
| Formes | remarques sur le physique, questions sur la vie intime, plaisanteries déplacées, attouchements, messages à contenu sexiste |
Mobbing
Aucune définition légale. La jurisprudence retient un enchaînement de propos ou d'agissements hostiles, répétés fréquemment pendant une période assez longue, visant à isoler, marginaliser ou exclure une personne.
Le harcèlement peut être descendant du supérieur, horizontal entre collègues, ou ascendant contre un supérieur.
Ce que l'employeur doit avoir mis en place (avant)
| 1 | Afficher une tolérance zéro et définir clairement les comportements non tolérés |
|---|---|
| 2 | Désigner une personne de confiance, hors hiérarchie, interne ou externe, formée |
| 3 | Écrire une procédure interne claire - en avertissant que la confidentialité ne pourra pas être garantie vis-à-vis de l'auteur présumé |
| 4 | Énumérer les sanctions encourues |
| 5 | Formaliser le tout dans une directive ou un règlement |
Et quand cela arrive
Clarifier par des entretiens ou une enquête menée par une personne neutre, consigner chaque étape par écrit, envisager une médiation, prendre des mesures organisationnelles pour séparer les parties, puis sanctionner - de la réprimande au licenciement immédiat. Et sanctionner aussi celui qui a porté à dessein des accusations mensongères.
Ce que cela coûte
| Tort moral | si la gravité de l'atteinte le justifie |
|---|---|
| Dommages-intérêts | si un dommage est prouvé, par exemple des frais médicaux |
| Harcèlement sexuel | indemnité jusqu'à six mois du salaire moyen suisse - sauf si l'employeur prouve avoir pris les mesures commandées |
4 · L'IA dans les processus RH
là où tout converge, et où l'article 21 LPD devient le point de passage obligé
La décision individuelle automatisée
Lorsqu'une décision est prise exclusivement sur la base d'un traitement automatisé et qu'elle produit des effets juridiques ou comparables, la personne concernée a deux droits.
| 1 | le droit d'en être informée |
|---|---|
| 2 | le droit d'exiger un réexamen par une personne physique, et de faire valoir son point de vue |
Les trois cas typiques en RH : le refus automatisé d'une candidature, un licenciement suggéré par un algorithme, un scoring de performance.
Le profilage : l'angle mort
Le profilage est un traitement automatisé qui permet d'évaluer certains aspects d'une personne. Il devient un profilage à risque élevé lorsqu'il permet d'apprécier des aspects essentiels de la personnalité : le travail, la santé, le comportement.
Conséquences du profilage à risque élevé
- un motif justificatif renforcé est exigé
- une analyse d'impact peut devoir être réalisée
- les droits des personnes sont renforcés : opposition, réexamen humain
Les biais, et le triple risque juridique
Les algorithmes reproduisent et amplifient les biais présents dans les données d'entraînement. Un outil formé sur dix ans de recrutements majoritairement masculins apprendra que le profil attendu est masculin.
| Loi sur l'égalité | discrimination à raison du sexe |
|---|---|
| Article 328 CO | atteinte à la personnalité du collaborateur |
| Responsabilité générale | l'employeur répond du comportement des outils qu'il utilise - il ne peut pas se retrancher derrière le fournisseur |
Ce qu'on attend de vous : des audits réguliers des outils, des tests d'équité, et la documentation des choix algorithmiques.
Circuit fermé ou circuit ouvert : la question à poser en premier
| Circuit fermé | Circuit ouvert | |
|---|---|---|
| Ce que devient la donnée | elle reste dans un environnement maîtrisé, contractuellement encadré | elle part vers un service public, éventuellement pour entraîner le modèle |
| Dossier confidentiel | envisageable, avec les garanties | exclu |
| Exemple | instance d'entreprise, contrat de sous-traitance signé | outil grand public gratuit |
Vérifier un résultat d'IA : quatre niveaux
| 1 | Plausibilité : le résultat a-t-il du sens ? |
|---|---|
| 2 | Sources : existent-elles vraiment ? Une référence inventée est le signe le plus fréquent d'une hallucination |
| 3 | Droit applicable : la règle citée est-elle suisse, et en vigueur ? |
| 4 | Décision : un humain assume-t-il, et peut-il l'expliquer ? |
Choisir un outil : quatre questions
| 1 | Quelles données entrent, et où vont-elles ? |
|---|---|
| 2 | Y a-t-il profilage, et de quel niveau ? |
| 3 | Une décision est-elle prise, ou seulement une aide fournie ? |
| 4 | Qui répond en cas d'erreur, et qu'a-t-on signé ? |
5 · Trier des CV avec l'IA
les six obligations, dans l'ordre où elles tombent : avant l'outil, à l'annonce, au tri, après le refus
Le calendrier d'un recrutement assisté par l'IA
La section précédente donne le principe. Celle-ci donne la chronologie : à chaque moment du recrutement correspond une obligation précise, et une seule. Le tableau se lit de haut en bas, comme se déroule le processus.
| Quand | Ce qu'il faut faire | Base légale |
|---|---|---|
| Avant de brancher l'outil | Une analyse d'impact si le traitement est susceptible d'entraîner un risque élevé. Le recours à une technologie nouvelle est expressément visé par la loi comme un indice de risque élevé. | art. 22 al. 1 et 2 LPD |
| Si le risque subsiste | Consulter le Préposé fédéral avant de traiter. Il répond dans les deux mois, trois si le traitement est complexe. L'entreprise en est dispensée si elle a consulté son conseiller à la protection des données. | art. 23 LPD |
| À la publication de l'annonce | Informer les candidats de manière adéquate : identité et coordonnées du responsable, finalité, destinataires éventuels. C'est le minimum, pas l'idéal. | art. 19 al. 1 et 2 LPD |
| Si vous cherchez ailleurs | Données récoltées sans passer par la personne - approche directe, prise de références, profil public - : il faut en plus lui communiquer les catégories de données traitées, au plus tard un mois après les avoir obtenues. | art. 19 al. 3 et 5 LPD |
| Au moment du tri | Si la décision est prise exclusivement par la machine : informer, et permettre au candidat de faire valoir son point de vue et d'exiger un réexamen humain. | art. 21 al. 1 et 2 LPD |
| Après le refus | Répondre à une demande d'accès dans les 30 jours, gratuitement, en indiquant notamment la logique sur laquelle la décision se fonde. | art. 25 al. 2 let. f, 6 et 7 LPD |
| Ensuite | Détruire ou anonymiser les dossiers dès qu'ils ne sont plus nécessaires à la finalité annoncée. | art. 6 al. 4 LPD |
L'exception de l'article 21 ne sauve que les candidatures retenues
L'article 21 prévoit deux exceptions. Elles sont plus étroites qu'il n'y paraît, et la première est celle que tout le monde croit pouvoir invoquer.
| L'exception | Ce qu'elle dit vraiment |
|---|---|
| Le contrat | La décision doit être en relation directe avec la conclusion ou l'exécution d'un contrat et la demande de la personne doit être satisfaite. Les deux conditions sont cumulatives. |
| Le consentement | La personne a expressément consenti à ce que la décision soit prise de manière automatisée. Un consentement valable suppose une volonté librement exprimée, après information. |
Le profilage à risque élevé exige un consentement exprès
Un outil qui note la personnalité, la fiabilité ou le potentiel d'un candidat ne fait pas que classer : il apprécie des aspects essentiels de la personnalité. Quand une personne privée effectue un profilage à risque élevé, la loi exige un consentement exprès - pas un consentement tacite, pas une mention noyée dans une charte.
Les trois traitements où le consentement doit être exprès
- le traitement de données sensibles
- le profilage à risque élevé effectué par une personne privée
- le profilage effectué par un organe fédéral
Ce qu'il faut en retenir en pratique : plus l'outil prétend mesurer la personne, plus la base juridique doit être solide. Un score de correspondance entre un CV et une annonce n'est pas de même nature qu'un test de personnalité automatisé.
art. 6 al. 6 et 7 LPD · art. 5 let. g LPD pour la définition du profilage à risque élevé
Le refus discriminatoire : trois mois, et c'est fini
Un algorithme entraîné sur les recrutements passés peut écarter systématiquement un profil. Si le critère est le sexe, la loi sur l'égalité s'applique - elle vise expressément l'embauche.
| Le candidat peut d'abord | exiger de l'employeur qu'il motive son refus par écrit | art. 8 al. 1 LEg |
|---|---|---|
| Puis agir en justice | dans les trois mois dès la communication du refus, sous peine de péremption - le droit est alors définitivement perdu | art. 8 al. 2 LEg |
| L'indemnité | au maximum trois mois de salaire pour un refus d'embauche ; si plusieurs personnes réclament pour le même poste, ce plafond vaut pour la somme totale des indemnités | art. 5 al. 2 et 4 LEg |
L'amende vise une personne, pas l'entreprise
C'est le point le plus mal connu de la loi sur la protection des données, et celui qui change le regard des directions.
| Qui est puni | « les personnes privées » qui omettent intentionnellement d'informer - donc la personne physique responsable, et non la société |
|---|---|
| Combien | une amende de 250 000 francs au plus |
| À quelle condition | sur plainte : il faut qu'une personne concernée porte plainte, la poursuite n'a pas lieu d'office |
| Quand l'entreprise paie à sa place | seulement si l'amende envisagée ne dépasse pas 50 000 francs et que retrouver la personne responsable exigerait des mesures d'instruction disproportionnées |
| Qui poursuit | les cantons ; le Préposé fédéral peut dénoncer et se constituer partie plaignante |
art. 60 al. 1 let. b, 64 al. 1 et 2, 65 LPD · art. 6 et 7 de la loi sur le droit pénal administratif
Le paragraphe à coller dans vos annonces
Voici une formulation qui couvre les articles 19, 21 et 25 en six lignes. Adaptez les termes entre crochets, gardez la structure.
Protection de vos données. Les données de votre dossier sont traitées par [raison sociale, adresse, courriel de contact] dans le seul but d'examiner votre candidature au poste de [fonction]. Elles sont communiquées à [les personnes qui participent à la décision, et le cas échéant le prestataire de l'outil de recrutement]. [Notre outil de présélection propose un classement des dossiers ; la décision de convoquer ou d'écarter est prise par une personne.] Vous pouvez à tout moment demander quelles données nous traitons, dans quel but et selon quelle logique, et nous demander de les rectifier ou de les supprimer. Les dossiers non retenus sont détruits [délai] après la clôture du recrutement.
La phrase entre crochets est la plus importante. Si un humain décide réellement, écrivez-le et tenez-le. Si la machine écarte seule, retirez cette phrase et ajoutez la mention du droit à un réexamen humain : ce n'est plus la même page juridique.
Les sept questions à poser au fournisseur, par écrit
| 1 | L'outil produit-il un classement, un score ou une exclusion ? Les trois n'ont pas le même régime. |
|---|---|
| 2 | Évalue-t-il des aspects de la personnalité ? Si oui, nous sommes en profilage. |
| 3 | Sur quelles données d'entraînement le modèle a-t-il été construit, et de quelle période ? |
| 4 | Quels tests d'équité avez-vous conduits, sur quels critères, et pouvez-vous nous en remettre le rapport ? |
| 5 | Pouvez-vous nous fournir, pour un candidat donné, la logique qui a mené au résultat ? C'est ce que nous devrons lui transmettre s'il le demande. |
| 6 | Où les données sont-elles hébergées, et sont-elles utilisées pour entraîner votre modèle ? |
| 7 | Que se passe-t-il à la fin du contrat : restitution, effacement, délai, preuve ? |
6 · Gouvernance
ce qu'il faut pouvoir montrer le jour où l'on vous le demande
La protection des données n'est pas le seul risque
On pense spontanément aux données personnelles. Trois autres domaines sont pourtant touchés dès qu'un outil d'IA entre dans l'entreprise.
| Domaine | Ce qui peut déraper |
|---|---|
| Droit d'auteur | les données d'entraînement du modèle, mais aussi le contenu produit : rien ne garantit qu'un texte ou une image générés ne reprennent pas une œuvre protégée |
| Concurrence déloyale | un assistant conversationnel qui dénigre un concurrent engage l'entreprise, même si personne n'a écrit la phrase |
| Confidentialité | en interne, un collaborateur qui « nourrit » l'outil avec des secrets d'affaires ; en externe, des données sensibles confiées par un partenaire commercial |
| Droit étranger | si des données de personnes établies dans l'Union européenne sont traitées, le RGPD peut s'appliquer en plus de la loi suisse |
Six gestes pour cadrer l'IA dans une entreprise
| 1 | Définir la position de l'entreprise vis-à-vis de l'IA et ses principes éthiques - un document stratégique court vaut mieux qu'un règlement que personne ne lit |
|---|---|
| 2 | Écrire des consignes d'utilisation pour les collaborateurs, générales et par outil |
| 3 | Tenir un inventaire des applications autorisées : quel outil, pour quelle finalité, à quelles conditions, avec quelle analyse de risque |
| 4 | Désigner des responsables internes pour toutes les questions liées à l'IA |
| 5 | Prévoir un processus d'autorisation préalable pour tout nouvel outil |
| 6 | Former régulièrement, et contrôler l'inventaire |
Ce qu'une directive interne doit dire
- ce qu'on peut faire, et avec quel outil précisément
- ce qu'on ne met jamais : secrets d'affaires, données personnelles non anonymisées, informations de partenaires
- les limites des outils : hallucinations, données d'entraînement incomplètes, tendance à épouser le point de vue de l'utilisateur, partialité
- l'obligation de vérification humaine avant tout envoi ou publication
- l'obligation de respecter les conditions d'utilisation du fournisseur
Une violation de données : la double annonce
| À qui | Quand | Quoi |
|---|---|---|
| Au préposé fédéral | « dans les meilleurs délais », si un risque élevé pour la personnalité ou les droits fondamentaux est vraisemblable | la nature de la violation, ses conséquences, les mesures prises |
| À la personne concernée | si c'est nécessaire à la protection de ses droits, ou si le préposé l'exige | idem |
Des exceptions existent : obligation de garder le secret, information impossible ou disproportionnée, communication publique suffisante. Dans tous les cas, une enquête interne rapide est décisive.
Beaucoup de questions, peu de réponses toutes faites. C'est normal : le droit de l'IA au travail se construit avec des textes écrits avant elle. Les 51 affirmations qui suivent portent sur ce qui est déjà certain - et 14 sont tirées au hasard à chaque partie.
Votre conformité RH en huit points
Cochez ce qui est en place aujourd'hui, chez vous. Rien n'est enregistré ni envoyé.
7 · Le droit en vigueur et l'AI Act
pas de loi suisse sur l'IA, mais pas de vide : les règles actuelles s'appliquent déjà
Le registre des traitements n'est pas obligatoire pour les entreprises de moins de 250 collaborateurs, sauf si elles traitent des données sensibles à grande échelle ou font du profilage à risque élevé : un outil qui note les candidats ou les collaborateurs peut faire basculer une PME dans l'obligation.
art. 12 LPD ; art. 24 OPDoLe calendrier européen (AI Act)
Le règlement européen sur l'IA touche aussi une entreprise suisse quand les résultats de l'outil sont utilisés dans l'Union européenne (un groupe avec des filiales, un recrutement pour un poste dans l'UE) ; il devient aussi la norme des fournisseurs.
- 2 février 2025pratiques interdites, dont la reconnaissance des émotions sur le lieu de travail ; obligation de former le personnel à l'IA
- 2 août 2026règles de transparence (dire qu'on parle à une machine, signaler les contenus générés)
- 2 décembre 2027systèmes à haut risque dans l'emploi : recrutement, promotion, licenciement, attribution des tâches, évaluation ; date fixée par le règlement modificatif de 2026
Mon usage de l'IA en RH : quel niveau de risque ?
Choisissez l'usage : le niveau et les gestes à faire s'affichent. Rien n'est envoyé.
L'AI Act en clair : qui est visé ?
Fournisseur ou déployeur
Le fournisseur crée l'outil d'IA. Le déployeur l'utilise sous sa propre autorité : c'est l'employeur qui trie des CV ou évalue son personnel avec un outil acheté. Le règlement vise les deux.
art. 3 du règlement (UE) 2024/1689Une entreprise suisse est concernée si…
…les résultats de l'outil sont utilisés dans l'Union : une filiale suisse qui applique les outils de son groupe européen, ou un recrutement pour un poste situé dans l'UE. Pour un frontalier engagé sur un poste en Suisse, la question reste discutée.
art. 2 al. 1 let. cDéjà interdit au travail
Reconnaître les émotions du personnel, y compris pendant un recrutement (expressions du visage analysées en entretien vidéo, « stress » mesuré par la voix) ; classer les personnes par données biométriques pour en déduire leur origine, leurs opinions politiques, leur appartenance syndicale, leurs convictions ou leur orientation sexuelle.
art. 5 al. 1 let. f et g, depuis le 2.2.2025Haut risque : les devoirs de l'employeur
Un contrôle humain confié à une personne formée et qui a l'autorité de corriger ; des données d'entrée pertinentes ; surveiller le fonctionnement ; garder les journaux de l'outil 6 mois au moins ; informer le personnel et ses représentants avant la mise en service.
art. 26, dès le 2.12.2027 ; maîtrise de l'IA du personnel : art. 4Et la Suisse ?
Pas de loi suisse sur l'IA : le Conseil fédéral a décidé le 12 février 2025 de ratifier la convention du Conseil de l'Europe sur l'IA (signée le 27 mars 2025) et d'adapter des lois existantes, surtout la protection des données. Un avant-projet est attendu ; pas de nouvelles règles contraignantes avant plusieurs années. D'ici là : la LPD, le CO, l'OLT 3 et la LEg.
état en octobre 2026Puis-je traiter ces données avec l'IA ? Le test en trois questions
L'employeur ne traite que les données sur l'aptitude du collaborateur à son poste ou nécessaires au contrat (art. 328b CO, auquel on ne peut pas déroger à son détriment, art. 362 CO).
- question 1Y a-t-il des données personnelles ? Collecter, analyser, résumer, noter un collaborateur ou un candidat : oui. Des données vraiment anonymes : la LPD ne s'applique pas.
- question 2Y a-t-il atteinte à la personnalité ? Oui si un principe est violé (but caché, données inutiles, résultat inexact), si la personne s'y oppose, si des données sensibles vont à des tiers, ou si l'on sort du cadre de l'art. 328b CO.
- question 3Y a-t-il un motif justificatif ? Une loi, un intérêt prépondérant, ou un consentement, qui a une portée limitée dans un rapport de travail. Sans motif : le traitement est illicite.Les données sensibles sont fréquentes en RH : certificats médicaux, appartenance syndicale, données biométriques (pointeuse, reconnaissance du visage, analyse de la voix).
✗ À éviter
- analyser tous les courriels pour mesurer « l'engagement »
- copier des dossiers complets dans un outil
- garder les scores sans limite de durée
- réutiliser les résultats d'une formation pour évaluer la personne
✓ À privilégier
- des données pseudonymisées ou agrégées
- seulement les champs utiles pour le poste
- une durée de conservation fixée d'avance
- un but par traitement, annoncé
La proportionnalité vaut autant pour ce qu'on met dans l'outil que pour ce qu'on garde de ses résultats (art. 6 LPD).
Dix situations de la vie RH
Le tri de CV
L'IA hérite des biais : un grand groupe de commerce en ligne a abandonné en 2018 un outil qui pénalisait les CV contenant le mot « women ». Un refus décidé par la machine seule est une décision automatisée : informer, et faire revoir par une personne sur demande.
Le bon réflexe : demander à l'outil le motif de chaque refus, puis en relire un échantillon : sur 500 CV et 300 refus, au moins 30 (10 %), CV et lettre en main.art. 21 LPD ; LEgLe bonus calculé par l'IA
Une décision automatisée, et un risque d'inégalité salariale : si l'outil paie plus les hommes que les femmes, c'est l'employeur qui répond.
Le bon réflexe : l'IA propose, le supérieur décide et motive ; comparer les résultats femmes et hommes.art. 21 LPD ; art. 3 LEgLe licenciement collectif
Demander à un outil de désigner « les moins performants » : biais, erreurs d'appréciation, et risque de congé abusif.
Le bon réflexe : revoir chaque proposition, avec des critères objectifs et documentés.art. 336 CO ; LEgLa caméra « intelligente »
La vidéosurveillance proportionnée et annoncée est possible ; y ajouter une IA qui repère les humeurs ou les « comportements bizarres » ne l'est pas.
Le bon réflexe : désactiver toute analyse des personnes, garder la sécurité seulement.art. 26 OLT 3 ; art. 6 LPD ; AI Act art. 5Le contrôle des ordinateurs
Un outil qui bloque les sites interdits peut être admis ; le même outil qui sort un rapport complet de tout ce que fait chacun devient un logiciel espion.
Le bon réflexe : ce n'est pas parce que l'outil le permet que c'est permis ; couper les fonctions de rapport individuel.art. 26 OLT 3 ; ATF 139 II 7L'IA « fantôme » (shadow AI)
Des collaborateurs utilisent l'IA sans le dire. Un travail produit par l'IA n'est pas le même qu'un travail réfléchi : par fidélité et diligence, le collaborateur devrait dire ce qu'il a fait avec l'IA (recherche, correction, rédaction, analyse).
Le bon réflexe : une directive : outils permis, données interdites, devoir de signaler un usage important.art. 321a COUn outil hébergé aux États-Unis
Les données peuvent y aller si le fournisseur est certifié selon le cadre de protection des données Suisse-États-Unis ; sinon, il faut des garanties, par exemple des clauses contractuelles.
Le bon réflexe : vérifier la certification avant de signer, et préférer une version « entreprise » sans réentraînement.art. 16 LPD ; OPDo, annexe 1La formation et les « potentiels »
Un outil qui personnalise les parcours ou détecte des « potentiels » : les données de formation ne servent pas d'office à évaluer la personne.
Le bon réflexe : dire à quoi servent les résultats ; la personne peut voir sa classification.art. 6 al. 3 et 25 LPDLe certificat de travail rédigé par l'IA
Un premier jet rapide, mais le certificat doit être vrai et bienveillant, et ne rien inventer.
Le bon réflexe : relire chaque phrase, vérifier les faits et les codes cachés (voir le générateur de certificat).art. 330a COLe droit d'accès
Il couvre aussi les données produites par l'IA : notes, résumés, scores. Un collaborateur peut découvrir ce qui n'aurait jamais dû y être.
Le bon réflexe : ne garder que ce qui est exact et nécessaire, effacer le reste.art. 25 LPD ; art. 6 LPDÊtre en règle : qui doit quoi ?
L'employeur
- Choisir les outils et les autoriser par écrit ; vérifier contrat, sécurité et hébergement (art. 8, 9 et 16 LPD).
- Informer le personnel et les candidats des outils utilisés et de leur but (art. 19 LPD).
- Ne traiter que le nécessaire, exact, pour le but annoncé (art. 6 LPD ; art. 328b CO).
- Garder la décision humaine sur l'embauche, l'évaluation, le salaire et le licenciement (art. 21 LPD).
- Analyser l'impact avant un usage à risque élevé (art. 22 LPD).
- Ne pas surveiller le comportement ; protéger la personnalité et l'égalité (art. 26 OLT 3 ; art. 328 CO ; LEg).
- Former les utilisateurs et donner des règles claires : directive (art. 321d CO) ; obligatoire dans l'UE (art. 4 AI Act).
- Répondre aux demandes d'accès en 30 jours (art. 25 LPD).
- Associer la représentation du personnel : droit d'être informée (art. 9 loi sur la participation), consultation sur la santé (art. 48 LTr).
- Proposer des outils validés : l'employeur répond du dommage causé par ses auxiliaires (art. 101 CO).
Le collaborateur
- Faire le travail soi-même : l'IA aide, elle ne remplace pas l'exécution personnelle (art. 321 CO).
- Suivre la directive de l'employeur, selon la bonne foi (art. 321d CO).
- N'utiliser que les outils autorisés, avec le compte professionnel.
- Garder le secret : pas de données de collègues, candidats ou clients, ni de secrets d'affaires dans un outil non autorisé (art. 321a al. 4 CO ; secret commercial et professionnel, art. 162 et 321 CP).
- Vérifier ce que l'IA produit avant de s'en servir : il en reste l'auteur (art. 321a CO).
- Dire quand l'IA a fait une part importante du travail : rédaction, analyse, traduction.
- Signaler tout de suite une erreur grave, une fuite ou un résultat discriminatoire.
- Répondre d'un dommage causé par négligence, selon sa diligence (art. 321e CO).
Le modèle de directive sur l'usage de l'IA
Ma directive IA en Word
Gardez les clauses utiles, complétez trois champs : la directive se télécharge prête à adapter. Relisez-la et adaptez-la à votre entreprise : une directive ne se copie pas telle quelle. Rien n'est envoyé.
Une directive générale de l'employeur s'impose au personnel selon la bonne foi ; sa forme est libre et l'employeur peut la modifier seul, dans le respect de la personnalité (art. 321d CO). La présenter à l'équipe, la faire signer pour prise de connaissance, et la joindre au règlement du personnel (voir chartes et règlements).
La formation : le programme en cinq modules
Pour tous ceux qui utilisent l'IA au travail : une demi-journée suffit pour commencer, puis une mise à jour chaque année. Garder la liste des participants : c'est la preuve de la formation. Présenter les outils tôt, avec la représentation du personnel s'il y en a une, favorise leur acceptation.
1. Comprendre l'outil
Ce que fait l'IA générative, pourquoi elle invente parfois (hallucinations), pourquoi elle sonne juste même quand elle se trompe.
2. Les données
Ce qu'on peut y mettre et ce qu'on n'y met jamais ; anonymiser ; outils autorisés et outils grand public.
3. Biais et égalité
Reconnaître un résultat discriminatoire ; pourquoi l'employeur en répond (LEg).
4. Le contrôle humain
Les quatre niveaux, l'échantillonnage, noter ce qui a été vérifié.
5. Droits et incidents
Informer, droit d'accès, revue humaine ; qui prévenir en cas de fuite ou d'erreur grave.
Pour les cadres et les RH, en plus
Décisions automatisées, analyse d'impact, surveillance interdite, et, si filiale dans l'UE, les devoirs du « haut risque ».
Les droits du collaborateur face à l'IA
| Droit | Ce que cela veut dire avec l'IA | Base |
|---|---|---|
| Accès | Recevoir ses données, y compris celles produites par l'IA (scores, classements, résumés, profils), le but, la durée de conservation, l'origine, et la logique d'une décision automatisée. Par écrit, en 30 jours, gratuitement (300 francs au plus si l'effort est disproportionné). Il ne sert pas à chercher des preuves pour un procès. | art. 25 et 26 LPD ; art. 18 et 19 OPDo ; ATF 147 III 139 |
| Rectification | Corriger une donnée fausse ; si l'exactitude ne peut pas être établie, faire mentionner qu'elle est contestée. Une appréciation n'est pas une donnée « fausse ». | art. 32 al. 1 et 3 LPD |
| Effacement, opposition | Demander l'effacement ou s'opposer, sous réserve des durées de conservation obligatoires (par exemple 5 ans pour les registres de la loi sur le travail). | art. 32 al. 2 LPD ; art. 73 OLT 1 |
| Revue humaine | Donner son point de vue et faire revoir par une personne une décision prise par la machine seule. | art. 21 al. 2 LPD |
| Remise des données | Recevoir les données fournies soi-même, traitées automatiquement pour le contrat, dans un format courant. | art. 28 LPD |
La frise du contrôle : la vie d'un outil d'IA en RH
De l'idée au contrôle annuel, avec à chaque étape l'alerte à ne pas manquer.
- avant toutInventorier les outils déjà utilisés, y compris ceux que les collaborateurs ont adoptés seuls.L'outil gratuit utilisé « en douce » avec des CV, c'est une fuite de données (art. 8 LPD).
- avant d'acheterQualifier l'usage : rédiger, trier, évaluer, surveiller ? Niveau de risque, profilage, décision automatisée, lien avec l'UE.Émotions et catégorisation biométrique : on s'arrête là, c'est interdit.
- avant de signerChoisir le fournisseur : contrat de sous-traitance, hébergement, pas de réentraînement sur vos données, journaux disponibles.Fournisseur hors de Suisse et de l'UE : certification ou garanties (art. 16 LPD).
- si risque élevéAnalyse d'impact : décrire le traitement, chaque risque et sa parade ; si un risque élevé subsiste, consulter le Préposé, qui répond en deux mois.Scorer le personnel avec des données de santé : risque élevé, analyse obligatoire (art. 22 LPD).
- avant la mise en serviceInformer le personnel ou les candidats : quel outil, pour quoi, qui décide ; adopter la directive IA ; former les utilisateurs.Un outil d'évaluation mis en place sans en parler : violation du devoir d'informer (art. 19 LPD).
- à chaque usageContrôle humain adapté à l'enjeu : relire, comparer, sonder, ou refaire.Un « humain dans la boucle » qui valide tout sans regarder ne vaut pas revue humaine (art. 21 LPD).
- chaque moisÉchantillonner les résultats (au moins 10 % des refus) et noter ce qui a été vérifié.Des refus qui touchent surtout un sexe, un âge ou une origine : arrêter l'outil et corriger.
- chaque annéeRevoir : outils, accès, journaux, demandes d'accès reçues, égalité des résultats ; mettre à jour la directive et l'information.Une fuite ou un incident grave : annonce au Préposé si le risque est élevé (art. 24 LPD).
La mise en place : la Suisse et, en parallèle, la filiale dans l'UE
À gauche, ce que toute entreprise suisse fait déjà selon la LPD et le CO. À droite, ce qui s'ajoute si une filiale est dans l'Union européenne ou si les résultats de l'outil y sont utilisés.
La carte des risques de l'IA en RH
| Risque | Exemple | Règle | La parade |
|---|---|---|---|
| Biais, discrimination | un tri de CV qui écarte les femmes ou les plus de 50 ans | LEg ; art. 328 CO | tester les résultats, une personne revoit chaque refus |
| Boîte noire | une note impossible à expliquer au candidat | art. 19, 21 et 25 LPD | documenter les critères, pouvoir expliquer |
| Erreur | un résumé d'entretien qui invente une phrase | art. 6 al. 5 LPD | relire, corriger avant de classer |
| Surveillance | un « score de productivité » par collaborateur | art. 26 OLT 3 ; art. 328 CO | mesure proportionnée et annoncée, analyse d'impact |
| Fuite | des CV collés dans un outil grand public | art. 8 LPD | une directive, des outils validés seulement |
| Étranger | des données hébergées dans un pays sans protection reconnue | art. 16 et 17 LPD | pays reconnu ou clauses contractuelles |
Le contrôle humain : quatre niveaux
Plus l'enjeu est grand pour la personne, plus le contrôle doit être fort. Une relecture « pour la forme » ne vaut pas revue humaine (art. 21 LPD).
Ce que coûte une infraction
| Règle | Qui est puni | Au plus |
|---|---|---|
| LPD : informer, renseigner, sous-traitance, sécurité, discrétion | la personne responsable, pas l'entreprise ; le plus souvent sur plainte | 250 000 francs |
| AI Act : pratique interdite | l'entreprise | 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial |
| AI Act : autres obligations, dont celles de l'employeur qui utilise l'outil | l'entreprise | 15 millions d'euros ou 3 % |
| AI Act : informations inexactes aux autorités | l'entreprise | 7,5 millions d'euros ou 1 % |
Pour une PME, c'est le plus faible des deux montants qui fixe le maximum. Les arrêts du Tribunal fédéral sur la surveillance (GPS, logiciel espion, navigation, caméras) sont réunis dans la fraude à la paie.
art. 60 à 63 LPD ; règlement (UE) 2024/1689, art. 99Tester vos connaissances
Testez vos réflexes
8 affirmations tirées au hasard parmi 23, et rien n'est enregistré ni envoyé
Les sources
un domaine sans jurisprudence propre : d'autant plus important de citer juste
Un chiffre qui a bougé, une source qui manque ? Dites-le, on corrige.