Télétravail & workation

Deux seuils qu'on confond tout le temps, une attestation qu'on demande trop tard, et des vacances qui n'en sont plus. Les repères, côté employeur comme côté collaborateur.

Information générale sur le droit suisse : ce n'est pas un conseil juridique individuel.

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Claude, le hibou RH, présente le dossier télétravail
L'essentiel en trente secondes.
  • Le télétravail n'est pas un droit : il se convient, il ne se réclame pas.
  • Pour un frontalier, deux seuils différents : 49,9 % assurances sociales 40 % impôt (France)
  • L'employeur demande l'attestation A1 - au mieux avant le début du télétravail, la rétroactivité est limitée à trois mois.
  • Le workation à l'étranger n'est pas interdit, mais il se prépare : accord écrit, durée limitée, assurance et permis vérifiés.

🇨🇭 Le télétravail en Suisse, sans frontière en jeu

quand tout le monde vit et travaille en Suisse, c'est plus simple, mais pas sans règles

Ce n'est pas un droit

Le recours au télétravail relève de la liberté de choix de l'employeur. Sans clause dans le contrat, dans le règlement du personnel ou dans une convention, le collaborateur ne peut pas l'exiger - et l'employeur ne peut pas davantage l'imposer unilatéralement.

Source : FER Genève, dossier Télétravail

Une convention écrite règle presque tout

Jours concernés, plages de disponibilité, matériel, frais, protection des données, réversibilité. Les organisations patronales romandes mettent à disposition un modèle de convention accompagné de notes explicatives.

Source : modèle de convention UAPG / FER Genève

Le temps de travail reste du temps de travail

L'enregistrement de la durée du travail, les durées maximales, les repos et la protection de la santé continuent de s'appliquer à la maison. Le domicile ne suspend pas la loi sur le travail.

Les frais

L'employeur rembourse les frais imposés par l'exécution du travail. Quand le télétravail est décidé par l'entreprise et qu'il n'existe pas de place de travail disponible, une participation aux frais du domicile peut entrer en jeu - d'où l'intérêt de fixer les choses par écrit plutôt que de les subir.

🌍Le frontalier : deux logiques à ne jamais mélanger

l'assurance sociale et l'impôt suivent des règles séparées, avec des seuils différents

Les assurances sociales - jusqu'à 49,9 %

Depuis le 1er juillet 2023, un accord multilatéral permet à un frontalier de télétravailler jusqu'à 49,9 % de son temps depuis son État de résidence tout en restant assuré dans l'État du siège de l'employeur. Une vingtaine d'États l'ont signé, dont l'Allemagne, l'Autriche, la France, l'Italie (dès 2024) et le Liechtenstein.

Entre 25 % et 49,9 %, c'est l'accord qui s'applique et l'attestation A1 est nécessaire. En dessous de 25 %, les règles ordinaires suffisent. Avec un État non signataire, la limite retombe à 24,9 %.

L'accord ne couvre pas tout le monde. Il est écarté si le collaborateur exerce dans son pays une autre activité que du télétravail - des visites régulières à des clients, par exemple - s'il travaille dans un troisième État, s'il a un autre employeur dans l'UE ou l'AELE, ou s'il est indépendant.
Source : Office fédéral des assurances sociales, page Télétravail

L'impôt avec la France - jusqu'à 40 %

L'avenant à la convention contre les doubles impositions s'applique depuis le 1er janvier 2026. Jusqu'à 40 % de télétravail sur l'année, l'intégralité de la rémunération reste imposable en Suisse. Dans ces 40 %, on peut compter au maximum 10 jours de missions temporaires hors de Suisse.

Au-delà de 40 %, les jours télétravaillés sont imposés en France dès le premier jour - pas seulement ceux qui dépassent le seuil. La nuance change tout.

Source : République et canton de Genève, imposition du télétravail des personnes frontalières

Les seuils d'un coup d'œil

SituationAssurances socialesImpôt
Résident en Francejusqu'à 49,9 %jusqu'à 40 % (dont 10 jours de missions)
Résident dans un État signataire de l'accordjusqu'à 49,9 %selon la convention bilatérale du pays
Résident dans un État non signatairejusqu'à 24,9 %selon la convention bilatérale du pays
Indépendantaccord non applicablerègles ordinaires

Le piège : un collaborateur à 45 % de télétravail reste assuré en Suisse - mais il a franchi le seuil fiscal. Les deux compteurs ne s'arrêtent pas au même endroit.

Voir aussi. Les cotisations et le décompte de salaire sont détaillés sur la page des salaires ; l’assujettissement aux assurances sur la page des assurances sociales.

📋Ce que l'employeur doit faire

quatre gestes concrets, dans l'ordre

1
Convenir par écrit. Une convention de télétravail fixe le taux accordé. Elle sert aussi de preuve : l'employeur doit pouvoir attester du pourcentage accordé par un document contractuel.
2
Demander l'attestation A1. Auprès de la caisse de compensation AVS, via la plateforme ALPS, type de cas « télétravail transfrontalier ». Validité jusqu'à trois ans, renouvelable. Depuis juillet 2024, la rétroactivité est plafonnée à trois mois - s'y prendre tard coûte cher.
3
Compter les jours. Jours de télétravail et jours de missions temporaires, collaborateur par collaborateur, pour calculer le taux annuel.
4
Transmettre le taux. À l'administration fiscale, en début d'année pour l'année précédente. Première transmission en janvier 2027 pour les données 2026. Le taux ne va pas sur le certificat de salaire, mais sur la liste récapitulative de l'impôt à la source, ou via ELM ou ISeL.
Un collaborateur qui part en cours d'année ? L'attestation prévue pour les rapports de travail de moins d'un an lui est remise s'il la demande : elle permet au nouvel employeur de savoir combien de jours ont déjà été consommés. Elle ne s'envoie pas à l'administration.
Source : ge.ch, obligations de l'employeur en matière de télétravail

🧮Où en êtes-vous ? Le test des deux seuils

bougez les curseurs : le calcul se fait chez vous, rien n'est envoyé

Comment le calcul est fait. Le taux est rapporté à une semaine de cinq jours, et les missions temporaires à environ 220 jours ouvrés par an. Le vrai décompte officiel se fait sur le temps d'activité annuel, collaborateur par collaborateur : ce test donne un ordre de grandeur, pas une attestation.

🎒Côté collaborateur : ce qu'il faut faire, dans l'ordre

pour que la demande passe, et pour ne pas se retrouver avec une mauvaise surprise

1
Demander, pas annoncer. Le télétravail et le workation supposent l'accord de l'employeur. Une demande écrite, avec les dates et le lieu, vaut mieux qu'un message la veille du départ.
2
Compter ses propres jours. Vous seul savez combien de jours vous avez déjà télétravaillés. Un simple tableau suffit. C'est aussi votre protection si le décompte de l'employeur diverge du vôtre.
3
Surveiller les deux seuils. Le vôtre n'est pas qu'un pourcentage : franchir 40 % change votre imposition, et vous vous retrouverez à déclarer une partie de vos revenus en France. Mieux vaut le savoir en janvier qu'en découvrant l'avis d'imposition.
4
Dire ce qui change. Déménagement, changement de pays de résidence, second employeur, activité indépendante accessoire : chacun de ces éléments peut faire tomber l'accord. Le signaler tôt évite une régularisation rétroactive.
5
Pour un workation : vérifier trois choses. Votre assurance-accidents couvre-t-elle ce pays ? Faut-il un visa ou une autorisation de séjour ? Vos outils de travail permettent-ils de garder les données en sécurité ? Les démarches administratives sont en principe à votre charge.
Et vos vacances ? Si vous travaillez pendant des jours posés comme vacances, ces jours ne remplissent plus leur fonction de repos - vous pouvez en principe demander à les récupérer. Autant clarifier dès le départ ce qui est du travail et ce qui n'en est pas.

🏝️Le workation

travailler depuis un lieu de vacances : séduisant, et plus délicat qu'il n'y paraît

Gisèle et la Petite RH travaillent sur la plage, sous un parasol, ordinateurs portables sur les genoux
L'image fait envie. Le droit, lui, demande de savoir si ces journées sont du travail ou des vacances.

Vacances ou travail : il faut choisir

En droit suisse, les vacances ont un but précis : le repos. Un collaborateur qui travaille pendant ses vacances a en principe le droit de récupérer les heures ou les jours concernés. Une convention de workation doit donc dire clairement ce qui compte comme temps de travail et ce qui compte comme vacances - par exemple un nombre minimal d'heures par jour, ou des plages fixes.

Source : Wilhelm Avocats, « Workation : qu'est-ce, et que dit le droit suisse ? »

À l'étranger, le détachement rend la chose possible

Les États qui appliquent les règles européennes admettent le détachement pour du télétravail temporaire à 100 %, jusqu'à 24 mois. Peu importe que le motif soit professionnel ou privé : prise en charge d'un proche, raison médicale, bureaux fermés pour rénovation, ou séjour depuis une destination de vacances. L'employeur demande l'attestation A1 à sa caisse de compensation. Au-delà de 24 mois, la prolongation n'est en principe pas acceptée.

Source : Office fédéral des assurances sociales, détachement en cas de télétravail temporaire

Les cinq questions à régler avant de dire oui

Plus le séjour dure, plus les risques montent. Une semaine chez ses parents en France et six mois depuis l'Asie ne posent pas les mêmes questions. Limiter la durée dans la convention est la protection la plus simple.

⚠️Les six pièges qui reviennent le plus

ceux qu'on découvre en général trop tard

1 · Confondre les deux seuils

49,9 % pour les assurances sociales, 40 % pour l'impôt avec la France. Un collaborateur peut être en règle d'un côté et hors des clous de l'autre.

2 · Demander l'A1 trop tard

La rétroactivité s'arrête à trois mois. Au-delà, la période antérieure n'est pas couverte.

3 · Oublier les missions temporaires

Elles comptent dans les 40 %, et sont elles-mêmes plafonnées à 10 jours par année.

4 · Croire que seuls les jours en trop sont imposés

Au-delà de 40 %, c'est la totalité des jours télétravaillés qui bascule, dès le premier.

5 · Ignorer l'article 271 du code pénal

Prélever un impôt pour le compte d'un État étranger est en principe punissable en Suisse. Le dépassement des seuils place l'employeur dans une position inconfortable.

6 · Se fier à un accord oral

Sans convention écrite, ni le taux accordé ni le statut des heures de workation ne peuvent être prouvés.

🧠Testez vos réflexes

8 affirmations tirées au hasard parmi 14, et rien n'est enregistré ni envoyé

📚Les sources officielles

tout ce qui précède vient de là : allez toujours vérifier à la source

🏛️OFAS - Télétravail L'accord multilatéral, les seuils, le détachement et l'attestation A1. La référence. officiel 🧾ge.ch - Imposition du télétravail Le régime fiscal franco-suisse, le calcul du taux et les obligations de l'employeur. officiel ⚖️Fedlex - Convention fiscale FR-CH Le texte de la convention contre les doubles impositions entre la Suisse et la France. officiel 🇫🇷AFC - Accords avec la France L'avenant, les accords amiables et leurs textes d'application. officiel 🌍SFI - Toutes les conventions Pour un collaborateur résidant ailleurs qu'en France : la convention pays par pays. officiel 📋Liste des États signataires Qui a signé l'accord multilatéral, mise à jour en continu. En anglais. officiel 📖Bulletin AVS/PC n° 470 Le détail de la mise en œuvre de l'accord et de la plateforme ALPS. officiel 📄Accord-cadre et notes explicatives Le texte de l'accord traduit en français, avec ses notes. PDF. officiel 🤝FER Genève - Télétravail La synthèse par pays et le modèle de convention de télétravail à télécharger. association professionnelle 🗂️FER CIAM - Télétravail transfrontalier La marche à suivre concrète côté caisse de compensation. caisse AVS 🏝️Wilhelm Avocats - Workation L'analyse juridique des risques : vacances, assurances, permis, données. étude d'avocats 🦺SECO - Conditions de travail Durée du travail, repos, protection de la santé : ce qui s'applique aussi à domicile. officiel
Un mot sur l'attestation A1. Elle atteste de la législation de sécurité sociale applicable à son titulaire : une personne ne peut être soumise qu'à une seule législation nationale pour une même période. Elle se demande dans la mesure du possible avant le début de l'activité dans l'autre pays. Source : Commission européenne, coordination des systèmes de sécurité sociale
Ces repères n'ont pas valeur juridique. Les seuils et les accords évoluent, et chaque situation a ses particularités - canton, pays de résidence, nationalité, second employeur. Vérifiez toujours auprès de votre caisse de compensation, de votre administration fiscale cantonale ou d'un conseil juridique.
Gisèle et Claude le hibou RH se tapent dans la main

Une source qui manque, un seuil qui a bougé ? Dites-le, on corrige.