La fraude à la paie : prévenir, détecter, réagir

Le collaborateur fantôme, le faux changement d'IBAN, les heures et frais gonflés, les retenues détournées : les infractions, le contrôle à quatre yeux, enquêter sans surveillance illicite, réagir et récupérer l'argent.

Information générale sur le droit suisse : ce n'est pas un conseil juridique individuel.

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Confiance et contrôleUn collaborateur qui n'existe pas, un compte bancaire changé par un faux courriel, des heures gonflées : la paie attire la fraude parce qu'elle se répète chaque mois. Deux personnes, deux regards, et la plupart des fraudes deviennent impossibles.

En 30 secondes

Les six fraudes les plus courantes

Le collaborateur fantôme

Un salaire versé à une personne qui ne travaille pas ou plus : ancien collaborateur jamais désactivé, faux nom créé dans le logiciel.

Signal : un IBAN qui reçoit deux salaires, un nom sans contrat ni absence.

Parade : aucune fiche sans contrat ; rapprocher paiements et personnel.

Le faux changement d'IBAN

Un courriel, apparemment du collaborateur, demande de verser le salaire sur un nouveau compte. Le salaire part chez un fraudeur.

Signal : urgence, adresse un peu différente, compte à l'étranger.

Parade : rappel au numéro déjà connu, avant toute modification.

Les heures et primes gonflées

Heures supplémentaires inventées, primes ou commissions calculées sur de fausses bases.

Signal : toujours les mêmes heures en plus, aucune trace dans le planning.

Parade : validation par le chef direct, relevés d'heures.

Les notes de frais

Frais privés présentés comme professionnels, justificatif utilisé deux fois, kilomètres arrondis vers le haut.

Signal : montants ronds, justificatifs manquants, juste sous le seuil de contrôle.

Parade : justificatifs obligatoires, contrôle par une autre personne.

Les retenues détournées

Côté employeur : retenir les cotisations ou l'impôt à la source sur le salaire, puis ne pas les verser à la caisse ou au fisc.

Signal : rappels de la caisse, attestations qui ne correspondent pas aux fiches.

Parade : versements à l'échéance, rapprochement annuel.

Le faux certificat de salaire

Un certificat ou une fiche de salaire qui ne dit pas la vérité : montant réduit pour l'impôt, document gonflé pour obtenir un crédit.

Signal : demande de « petit arrangement » sur un document officiel.

Parade : un seul certificat, tiré du logiciel, jamais retouché à la main.

Ce que dit la loi : infractions et peines

Ce qui se passeInfractionPeine maximale
Garder pour soi de l'argent confié (caisse, avances, salaires à verser)abus de confiance, art. 138 CP5 ans
Tromper l'employeur pour qu'il paie (faux collaborateur, fausses heures)escroquerie, art. 146 CP5 ans
Modifier les données du logiciel de paie pour se faire virer de l'argentutilisation frauduleuse d'un ordinateur, art. 147 CP5 ans
Le responsable de la paie qui nuit aux intérêts qu'il doit gérergestion déloyale, art. 158 CP3 ans, 5 ans s'il s'enrichit
Créer ou utiliser une fausse fiche, un faux justificatif, un faux certificatfaux dans les titres, art. 251 CP5 ans
L'employeur qui garde les retenues (impôts, primes, cotisations) au lieu de les verserart. 159 CP ; art. 87 LAVS3 ans ; 180 jours-amende
L'employeur qui détourne l'impôt à la source retenuart. 187 LIFD3 ans
Un certificat de salaire faux pour tromper le fiscusage de faux, art. 186 LIFD3 ans
Aider quelqu'un à soustraire l'impôt (certificat « arrangé »)complicité, art. 177 LIFDamende de 10 000 fr., 50 000 fr. dans les cas graves, et l'impôt soustrait

Les cotisations impayées engagent aussi la responsabilité de l'employeur et, pour une société, celle des administrateurs et gérants (art. 52 LAVS). Dans une société soumise au contrôle ordinaire, l'organe de révision vérifie qu'il existe un système de contrôle interne (art. 728a CO).

Mes contrôles : la paie à quatre yeux

Cochez ce qui existe déjà chez vous : l'anneau montre ce qui manque. La liste se télécharge en Word. Rien n'est envoyé.

Outil

Mon contrôle interne de la paie

Dans une très petite entreprise, deux personnes ne sont pas toujours là. Alors : le patron valide chaque paiement dans l'e-banking, la fiduciaire contrôle une fois par trimestre, et les changements de compte se font seulement par écrit signé, confirmés par téléphone (voir externaliser les RH).

Enquêter sans franchir la ligne

Un soupçon ne permet pas tout : la surveillance du comportement est interdite (art. 26 OLT 3), et une preuve obtenue illicitement peut être écartée.

MesureArrêtRésultat
GPS sur les véhicules d'entreprise, personnel informéATF 130 II 425admis pour contrôler les horaires et les abus, s'il est proportionné ; un suivi continu en temps réel peut aller trop loin
Analyse nominative de la navigation internet, sans information préalableATF 143 II 443illicite ; preuve gardée ici après pesée des intérêts, licenciement immédiat confirmé
Logiciel espion avec captures d'écran, sur soupçon d'abusATF 139 II 7interdit, même en cas de soupçon ; preuve écartée, licenciement annulé
Caméras cachées posées par la police avec l'accord de l'employeurATF 145 IV 42autorisation du tribunal des mesures de contrainte nécessaire ; sans elle, images inexploitables

La bonne méthode : partir des pièces que l'entreprise a déjà (paiements, journaux du logiciel, relevés d'heures, justificatifs), entendre la personne, et laisser la police et le ministère public mener les mesures d'enquête.

art. 26 OLT 3 ; art. 328 et 328b CO ; art. 152 al. 2 CPC

Réagir : les sept étapes

  1. Bloquer : arrêter les paiements suspects, suspendre les accès au logiciel de la personne en cause, prévenir la banque.
  2. Garder les preuves : extraits bancaires, journaux du logiciel, fiches, courriels ; ne rien effacer ni modifier.
  3. Établir les faits avec une personne neutre, sans accuser devant l'équipe (protection de la personnalité, art. 328 CO).
  4. Entendre la personne et noter ses explications.
  5. Décider vite : un licenciement immédiat doit être donné sans tarder une fois les faits établis, sinon il n'est plus admis (art. 337 CO).
  6. Porter plainte auprès de la police ou du ministère public ; certaines infractions ne sont poursuivies que sur plainte, à déposer dans les 3 mois (art. 31 CP).
  7. Corriger : décomptes AVS et impôt à la source rectifiés, certificat de salaire juste, contrôle qui a manqué mis en place ; si les données d'autres collaborateurs ont fuité, annonce au Préposé (art. 24 LPD).

Récupérer l'argent : combien retenir sur le salaire ?

L'employeur peut compenser sa créance avec le salaire, mais seulement sur la part saisissable, sauf dommage causé intentionnellement (art. 323b al. 2 CO). Une estimation : rien n'est envoyé.

Outil

La retenue possible

Le minimum vital se calcule selon les normes cantonales de l'office des poursuites (montant de base, loyer, primes d'assurance maladie…) : voir les saisies de salaire. Le travailleur répond du dommage causé intentionnellement ou par négligence, selon sa diligence (art. 321e CO).

Fraude à la paie : vos questions

Un faux courriel nous a fait verser le salaire sur le compte d'un fraudeur : faut-il payer une deuxième fois ?

En principe oui : le salaire n'est pas payé tant qu'il n'est pas arrivé au collaborateur. D'où la règle du rappel téléphonique avant tout changement de compte. Prévenez tout de suite la banque et la police.

art. 322 CO
Peut-on retenir tout le salaire d'un collaborateur qui a volé ?

Pour un dommage causé intentionnellement, la compensation est possible sans la limite de la part saisissable. Pour un dommage par négligence, seulement sur la part saisissable.

art. 323b al. 2 CO
Peut-on installer un logiciel pour surveiller un collaborateur soupçonné ?

Non, pas un logiciel espion : le Tribunal fédéral l'a jugé interdit, même sur soupçon, et la preuve a été écartée. Il faut partir des pièces existantes et laisser l'enquête aux autorités.

art. 26 OLT 3 ; ATF 139 II 7
Un collaborateur nous demande un certificat de salaire « arrangé » : que risque-t-on ?

Le faux dans les titres (jusqu'à 5 ans) et, pour tromper le fisc, l'usage de faux et la complicité de soustraction d'impôt, avec l'impôt soustrait à payer solidairement.

art. 251 CP ; art. 177 et 186 LIFD
Que risque l'employeur qui ne verse pas les cotisations retenues ?

Une peine pénale (jusqu'à 3 ans), et la réparation du dommage causé à l'AVS, que les administrateurs et gérants d'une société doivent aussi.

art. 159 CP ; art. 52 et 87 LAVS
Combien de temps pour licencier avec effet immédiat après une fraude ?

Très peu : dès que les faits sont établis, il faut agir sans tarder ; attendre fait perdre le juste motif. Le temps nécessaire pour établir les faits et entendre la personne est admis.

art. 337 CO

Testez vos réflexes

6 affirmations tirées au hasard parmi 6, et rien n'est enregistré ni envoyé

Bases légales et jurisprudence

Code des obligations, art. 321e, 322, 323b, 328, 328b, 337 et 728a ; Code pénal, art. 31, 138, 146, 147, 158, 159 et 251 ; loi sur l'AVS, art. 52 et 87 ; loi sur l'impôt fédéral direct (LIFD), art. 177, 186 et 187 ; ordonnance 3 relative à la loi sur le travail (OLT 3), art. 26 ; CPC, art. 152 ; LPD, art. 24 ; Tribunal fédéral : ATF 130 II 425 (GPS), ATF 139 II 7 (logiciel espion), ATF 143 II 443 (analyse de la navigation), ATF 145 IV 42 (caméras cachées).

Ces repères n'ont pas valeur juridique. Les montants et les règles changent chaque année, et chaque situation a ses particularités. Vérifiez toujours à la source officielle citée, ou auprès de votre caisse de compensation.
Le trio de TransparenceRH salue

Un chiffre qui a bougé, une source qui manque ? Dites-le, on corrige.